dimanche 30 décembre 2007

La graine et le mulet (A. Kechiche)

Une saga familiale originale, colorée et dynamique, un peu longue (2h30) mais très plaisante! Des personnages attachants, des regards qui pétillent, bref un film sincère et vrai qui nous immerge dans le quotidien d'une tribu comme on en voit peu à l'écran.

Gros plan sur une grande famille recomposée. Le film se passe à Sète, ville portuaire et multiculturelle ouverte sur l'Afrique du nord par les routes maritimes qui l'y relie, sur fond de déclin de la pêche au thon et des chantiers navaux. C'est une fiction qui prend des allures de reportage tant elle est filmée de manière réaliste, caméra à l'épaule.

Slimane, père sexagénaire de douze grands enfants, employé des chantiers, se retrouve au chômage et décide de faire un pied de nez au destin en se lançant dans un projet un peu fou: restaurer une épave et y monter sa boutique. Un restaurant dont la spécialité serait le couscous au poisson (la graine et le mulet), ce qui tranche franchement avec les traditions culinaires sétoises et que tout le monde ne voit pas d'un bon oeil trôner au milieu du quai, évidemment. Une entreprise familiale qui repose sur les talents culinaires de son ex-femme et l'aide des enfants. Scènes de rire et de pleurs de la vie familiale dans les maisons des uns et des autres, entrecoupées du parcours semé d'embûches du porteur de projet. Une jolie manière d'explorer la dialectique immigration-intégration et l'acceptation des communautés maghrébines dans une petite ville du sud, sans en faire pour autant le premier sujet du film. On est si bien plongé dans le film qu'on intègre quasiment le stress de Slimane le jour de la grande ouverture.

Ce que j'ai aimé particulièrement, et c'est un aspect original du film je trouve, c'est la force des personnages féminins. Les filles sont des battantes incroyables et les vrais piliers de la famille, côté original comme côté recomposé. Ce sont les véritables meneuses de l'histoire et des chaumières. Elles sont dures, belles mais solides, elles en imposent. L'une des filles de Slimane raconte comment elle ne s'est pas laissée faire et a organisé la grève des ouvrières à la conserverie le jour où des licenciements étaient annoncés. Elle gère les crises et les écarts de son frère. Rym (actrice-révélation du film), la fille de sa compagne le pousse à aller de l'avant et l'aide dans ses démarches à la banque, à la mairie, sans se démonter devant les réponses négatives ou évasives. Les hommes de la seconde génération à côté, sont des suiveurs: l'un est mauvais père et trompe sa femme éhontément; l'autre est un jeunot timide qui oublie une partie des ingrédients du couscous lors de la soirée d'ouverture. Seul le père se bat en fin de compte, au nom de tous et de la volonté de laisser quelque chose aux enfants. Les deux fils mettent l'entreprise en péril, elle est finalement sauvée par les filles.

J'ai regardé ma montre à deux moments. Deux séquences en particulier méritaient peut-être d'être abrégées, même si probablement on y perdrait en intensité des émotions qu'elles suscitent: celle de l'épouse trahie qui crie sa colère et la grande scène finale (où on attend le couscous aussi impatiemment que les invités, faim ou pas!). Raccourci d'un quart d'heure en coupant aux bons endroits le film serait parfait.

On pourra objecter que les visages pâles de l'élite locale sont un peu caricaturés (ou pas tant que cela?), mais pour une fois que ce ne sont pas les personnages beurs ou métis qui le sont, la manoeuvre est parfaitement acceptable...

A voir!

3 commentaires:

M. a dit…

Bon, ben c'est noté. Bon retour ;)

M.

tiusha a dit…

bon retour à toi aussi!

pierogod a dit…

Très tentant tout cela !