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mardi 11 août 2009

Cinéma d'été et dîner sur l'herbe

L'été en ville est parfois plaisant... Le temps se ralentit, les gens courent moins, il y a des animations inédites et on a plus le loisir d'en profiter. Je reviens de vacances (j'y reviendrais...) au moment où Paris quartiers d'été s'achève, mais il reste quelques semaines pour profiter du cinéma de plein-air.

Le Forum des images a ressorti pour l'occasion quelques chef-d'oeuvres pas forcément très connus pour les projeter dans les parcs de Paris dans les quartiers d'habitation, loin de l'agitation touristique. Accès gratuit, les meilleures places aux premiers venus, pique-nique bienvenu! Ambiance décontractée assurée.

Vendredi, à peine rentrée à Paris, j'ai donc passé une douce et fraîche soirée sur la pelouse du parc Montsouris à admirer la grâce d'Audrey Hepburn et sourire de l'accent français de Maurice Chevalier dans Ariane. Encore un vieux film en noir et blanc qui m'épate! C'est une histoire de séduction entre une jeune fille innocente, dirons-nous (Audrey Hepburn), et un homme à femmes (Gary Cooper), qui naît au détour de l'enquête d'un détective privé (le paternel, Maurice Chevalier, excellent avec son accent franchouillard!). Inutile de préciser qu'un certain nombre d'embrouilles et de péripéties plus tard, le happy ending est garanti... Audrey Hepburn est superbe dans son rôle d'innocente malicieuse. Les dialogues sont délicieux.


Gary Cooper et Audrey Hepburn

Je suis repartie le sourire aux lèvres. J'avoue ne pas connaître la plupart des films au programme, raison de plus pour y consacrer une autre soirée... il y en a pour tous les goûts il me semble. Le ciel et la météo n'ont qu'à bien se tenir!

> Cinéma au clair de lune. Jusqu'au 23 août. Informations et programme ici.

mardi 21 juillet 2009

Divorce à l'italienne

Découverte cinématographique de la semaine dernière, au hasard d'un passage devant le MK2 Beaubourg avec une amie.

Un vieux film des années 1960, comme on les aime: en copie restaurée sans couleur parasite, avec toutes les cigarettes qui vont bien, des acteurs mythiques, et surtout une comédie bien montée qui m'a mise de bonne humeur pour la semaine!

 Marcello Mastroianni, Stefania Sandrelli, Pietro Germi dans Divorce à l'Italienne (Photo)
Marcello Mastroianni et Stefania Sandrelli

Le sujet est d'une banalité qui pourrait être grossière s'il n'était traité tout en subtilité. Un homme plutôt beau gosse (Marcello Mastroianni jeune, inimitable!), aristocrate sicilien s'amourache d'un jeune femme qui passe ses vacances de l'autre côté de la cour. Le divorce n'étant pas autorisé (en Italie il ne sera qu'en 1975, ndlr), il cherche par tous les moyens à se débarrasser de sa femme en la faisant retomber dans les bras d'un amant, s'inspirant des circonstances atténuantés accordées pour "crime d'honneur' dans une sentence récente. C'est bien une histoire italienne...

Les acteurs, la direction, la photo sont véritablement épatants. A voir en VO sous-titrée, en faisant attention à tous les détails (certains personnages secondaires sont aussi bien pensés, l'épouse notamment est incroyable jusque dans les détails comme l'ombre du duvet au-dessus des lèvres...). Franchement génial!

 Pietro Germi dans Divorce à l'Italienne (Affiche)

Ceux qui croyaient que je revenais raconter ma vie doivent être déçus...

vendredi 9 mai 2008

la fête de l'Europe au ciné

à Paris mais aussi à Rome, Madrid, Lyon, Strasbourg et Bruxelles

une belle initiative avec pas mal de films inédits... pour ceux qui ont le temps aujourd'hui... (moi pas, dommage)


Ah mais pourquoi programmer 27 films en une seule journée???

Films allemands jusqu'au 13 mai, cela dit.

détails ici
tous les films à Paris (pdf)

mardi 8 avril 2008

Brick Lane, le film

Comme je le disais l'autre jour, j'étais très curieuse de voir à quoi ressemblerait ce film adapté d'un roman que j'avais bien aimé. Voilà le verdict.


De fait, Rendez-vous à Brick Lane (titre du film en français) est très fidèle à l'histoire originale et la met joliment en images. Un film qui suit le destin d'une fille de la campagne bengalaise donnée en mariage à un homme plus âgé qui habite et travaille dans l'est de Londres, E1, quartier de Brick Lane. Le fil conducteur est peut-être la relation des différents personnages au pays d'origine, souvenir nostalgique de l'enfance pour l'une, imaginé comme eldorado pour l'autre, craint comme un pays arriéré et sous-développé par les enfants, nés en Grande-Bretagne. Le choix de privilégier le regard curieux d'une femme enfermée dans un rôle effacé qu'on lui a assigné et qu'elle respecte reprend ce qui fait la force du roman.

La protagoniste, jouée par Tannishta Chatterjee, est éblouissante. Les acteurs sont bons et bien choisis, les personnages sont assez justes, même si le mari frise la caricature parfois... mais pas tant que cela non plus. La photo est bien réussie, qu'il s'agisse des visages, des images de rêverie du pays natal ou des saris qui déambulent sur fond de brique rouge-brune dans l'est londonien. Evidemment, quand on a lu le livre, le déroulement des événements ne réserve pas de surprise...

En trois mots: plaisant, coloré, dépaysant.

J'ai découvert par la même occasion le Lucernaire, un lieu où l'on peut voir des bons films qu'on a raté pendant les premières semaines de diffusion dans les grandes salles, aller au théâtre (pas testé), acheter des livres, boire un verre pour pas cher ou manger un morceau dans une ambiance décontractée avant la séance. Il y a aussi une galerie d'exposition photo. C'est juste au sud du Luxembourg dans le 6ème, près du métro Vavin et de Montparnasse.
> Le Lucernaire, 53 rue Notre Dame des Champs, 75006.

Merci du fond du coeur pour vos messages de soutien sur le post précédent. Après ce billet un peu lourd à digérer, que le public se rassure, me voici de retour vers des sujets plus futiles... (il me fallait cracher ce que j'avais sur la patate depuis quelques semaines pour arriver à parler d'autre chose et me remettre à écrire, je l'ai lâché là faute d'avoir trouvé mieux à faire)

mardi 25 mars 2008

Be kind...

Le dernier Gondry, cela fait quelque temps que je l'ai vu et j'avais bien aimé. Un joli hommage au cinéma. Un film fait avec rien, trois bouts de ficelle et une bribe d'histoire qui fournit un début farfelu, mais une sacrée dose d'inventivité. Drôle et rafraichissant! Même si c'est un peu gentil et attendu, parfois. Pour en savoir plus voir , et .


Si vous avez aimé le film vous aimerez le site qui vaut le détour en soi










... faudrait que je me mette à l'autobronzant ...


En passant, les premiers rôles féminins ne sont pas légion!
Pfffff.

lundi 24 mars 2008

Brick Lane, Banglatown, London UK

Au commencement était un roman qui nous plonge dans les quartiers bengalis de Londres, un monde à part, baigné des odeurs de la cuisine traditionnelle et de ces accents si particuliers. Un monde de council flats (les HLM d'outre-Manche) tout gris, ciel de pluie ou pas, auquel seuls les tissus des saris apportent un peu de couleur. Un "bienvenue à banglatown" orne l'entrée du quartier dont les rues ont été rebaptisées en langue locale, comme en témoigne une signalisation que vous et moi ne saurions déchiffrer. Au Royaume-Uni, à sa sortie, la critique saluait Brick Lane de Monica Ali comme un premier roman exceptionnel (voir par exemple l'article du Guardian).

C'est une histoire d'émigration centrée sur la vie d'une femme qui a quitté son village et le Bengladesh à 17 ans pour aller épouser un compatriote plus âgé installé à Londres depuis ses études, et qui y travaille comme petit fonctionnaire (mariage arrangé evidemment). On suit sa découverte d'un pays, d'une ville, d'une vie dont elle ne connaissait rien, pas même la langue. Au-delà du couple, le livre nous plonge progressivement dans le tissu social et le quotidien du quartier bengali, avec ses réseaux, ses combines et ses contraintes. A travers le regard tantôt émerveillé, tantôt interloqué et perplexe de l'héroïne.

Une atmosphère qui n'est pas sans rappeler celle de White Teeth, de Zadie Smith, un autre succès de librairie britannique qui raconte la vie dans les quartiers ethniques, et avec lequel le livre de M. Ali a été souvent comparé. Personnellement, j'ai beaucoup aimé les deux romans.

J'avais reçu le premier d'une amie en guise de cadeau de départ, à l'issue d'une année à Londres, et j'ai acheté le second quand j'y suis retournée quelques années plus tard. Quelques mois où je vivais à proximité immédiate de la fameuse Brick Lane, passée entre temps du statut de rue presque mal famée à celui de repaire arty, bobo et, toujours, touristique (c'est là qu'il faut aller pour manger indien!). Si j'avais les livres sous la main, j'en parlerais volontiers un peu plus en détail, mais ils sont rangés sur une étagère à des centaines de kilomètres... pas très pratique.

Le film adapté de Brick Lane vient de sortir et d'autres ont aimé. Dilemme: y aller ou pas, au risque de briser les images que je m'étais construites en lisant le roman?

Je crois que je vais y aller. La bande annonce m'a l'air assez crédible, elle correspond à mes souvenirs du roman qu'elle ne trahit pas trop, à première vue. Et puis j'aime bien retrouver des lieux et des atmosphères que j'ai connu au quotidien à l'occasion d'un film. Je vous dirais si je ressors convaincue ou déçue!





Brick Lane de Monica Ali est paru en français sous le titre Sept mers et treize rivières (Belfond, 2004 puis poche 10/18, 2006) Critique Evene ici








White Teeth
de Zadie Smith est paru sous le titre Sourires de loup (Gallimard, 2001 puis folio, 2003). C'est un pavé, moins monochrome, plutôt une évocation du multiculturalisme à l'anglaise. Des personnages issus d'univers différents (une famille bengali, une autre juive, une autre jamaïcaine...) s'y côtoient et leurs destins s'entremêlent à la faveur d'une solide amitié entre deux hommes scellée dans les combats de la seconde guerre mondiale. Le genre de roman qui foisonne de petites histoires entremêlées, parfois un peu difficile à lire mais fascinant. Résumé (en anglais) ici

dimanche 23 mars 2008

Bienvenue chez les Ch'tis

En manque d'éclats de rire et d'humeur légère ce weekend, une fois n'est pas coutume, je suis allée voir le dernier blockbuster du box-office: Bienvenue chez les Ch'tis. Plus de 12 millions d'entrées à la veille du long week-end, soit un Français sur 5, quand même! Je n'ai jamais vu ça comme un critère pour choisir un film, mais il faut avouer que c'est sacrément impressionnant.

Et bien c'est un peu caricatural et gentillet par moment, mais au total j'ai bien ri!

Un film simple et drôle construit sur le dépaysement d'un fonctionnaire de la poste du sud de la France muté dans le Nord Pas de Calais en guise de punition (après avoir essayé la fraude pour obtenir un poste sur la Côte d'Azur, sa femme voulant habiter près de la mer). Il se rend donc la mort dans l'âme dans la ville de Bergues en laissant femme et enfant au soleil mais y découvre rapidement un pays chaleureux et accueillant...

Les acteurs (Kad Merad, Dany Boon, Zoé Félix, Anne Marivin, Line Renaud...) collent bien à des rôles qui leur vont à merveille, ils sont extraordinairement complices et attachants. Un joli coup de Dany Boon (à la fois protagoniste et réalisateur) pour rendre hommage à sa terre d'enfance, battage médiatique inclus. J'aime bien l'idée, et il en sort un bon film grand public, original, bien ficelé, avec des personnages attachants et valorisant pour une région dont on parle peu.

Le clivage nord-sud et les stéréotypes associés ont de beaux jours devant eux...

Plus d'infos sur ce film

Le reste c'est sur ChtiNN

Je n'essaie pas d'écrire un bout de billet en chtimi, vous m'excuserez, hein!

jeudi 6 mars 2008

Into the wild

Puisque je suis de nouveau sur pied et que je me suis remise au travail (ou presque), après deux jours à la maison, c'était bien l'heure de me concéder une petite sortie...

Donc je suis allée voir un film que je voulais voir depuis longtemps, Into the wild.


Pour moi c'est un film profond, porteur de sens (la bande annonce donnait l'idée trompeuse d'un film plus léger). Un film que je n'ai pas envie de commenter ni de décrire longuement. D'une part, parce que tant d'autres en ont déjà parlé et d'autre part parce que je reste pensive et n'ai pas fini d'y réfléchir.

On peut le voir comme un road movie mais c'est surtout l'histoire d'une fuite, d'une quête de l'insaisissable, un voyage initiatique comme le soulignent les chapitres, de la (re)naissance à la sagesse, une parabole peut-être. Une expérience extrême du voyage au bout de soi-même où l'aventure frôle la vie d'ermite. Un si long chemin pour comprendre que le bonheur véritable est celui qui est partagé, que la liberté absolue n'existe pas...

Peut-être que ce film me parle et m'interpelle parce que, sans être aussi extrême évidemment, à un certain moment, l'envie de tout plaquer pour aller mener une autre vie loin de certaines considérations m'a effleuré l'esprit, parce que le besoin de partir loin, seule, je l'ai déjà éprouvé... (et puis je me suis rendue compte que je n'étais ni capable d'aller très loin, ni désireuse d'en faire tant que ça).

Un ami m'expliquait l'autre jour que les oeuvres narratives occidentales dérivent toutes de l'Iliade et de l'Odyssée, c'est à dire qu'elles déclinent soit la conquête (d'un but identifié) soit le voyage. Ce qui paraît-il est un mot de Raymond Queneau, mais peu importe. Au final, c'est assez vrai je trouve.

mercredi 20 février 2008

Paris, et puis?

Hier soir je suis allée voir le nouveau film de Klapisch dont, honnêtement, je n'attendais pas grand-chose. Mais bon, une proposition de soirée ciné après une journée rangement et nettoyage de l'ancien appartement, ça me disait bien (pour expliquer pourquoi je m'entête à faire tout ça en milieu de semaine, disons qu'en ce moment, en pratique, mon dimanche c'est le mardi).

Je vous vois venir: il faut vraiment être une touriste ou une provinciale pour aller voir un film dont le titre (et la trame?) se résume à "Paris". C'est pas faux. De toute façon je suis un peu les deux. J'assume et je confirme donc: un Klapisch sans grand intérêt, si ce n'est quelques acteurs connus (Juliette Binoche, Romain Duris, Fabrice Luchini...), et le paysage parisien en toile de fond, voire en premier plan par moments. Luchini en prof d'histoire de la capitale tombé amoureux d'une de ses étudiantes à la Sorbonne (évidemment) est pas mal, il parvient même à glisser une réplique "en France quand on est chercheur on cherche surtout à joindre les deux bouts" pour se justifier d'accepter d'enregistrer quelques émissions de vulgarisation pour la télé (avant qu'on le voie rentrer à pied chez lui depuis la Sorbonne pour atterrir dans un appartement à proximité, à première vue pas si modeste que cela, c'est pas très crédible tout ça). Si l'idée était de faire un film-marketing à aller montrer dans tous les instituts français du monde, c'est plutôt réussi... Sinon, je ne sais pas (et je ne suis pas si méchante que ça!). Dans le même registre et sur Paris, on aurait pu mieux faire.

Quelques anecdotes qui m'ont fait éclater de rire (par exemple le savant historien qui raconte avec un enthousiasme débordant son succès annoncé au colloque sur "l'actualité mérovingienne" - il y a de quoi tiquer, non?). Et puis le jeu du "tu sais où c'est ça?" fait passer le temps, mais il y a quelques incohérences dans l'enchaînement des lieux.

Romain Duris m'exaspère toujours autant, probablement en partie parce que sa bouille et sa manière d'être me rappellent vaguement quelqu'un. Là, il joue un personnage dont la vie prend une tournure tragique mais la nouvelle vient un peu comme un cheveu sur la soupe: on se demande ce que ça fait là. Les personnages sont forcés, le film abuse des clichés à l'excès: le prof qui drague une de ses étudiantes, la vieille de l'immeuble qui critique les jeunes, la blonde boulangère tout sourire au client entre deux remarques racistes envers son employée, la mère célibataire paumée, les pimbêches qui bossent dans la mode entre les vacances au club Med à fricoter avec le personnel local, les gens qui travaillent avec leurs mains et qui les ont balladeuses, les touristes allemands en shorts...

en résumé: allez voir autre chose ça sera peut-être pas plus mal!

PS: je suis à nouveau reliée au monde via internet. Comme quoi, le choix du fournisseur n'était pas mauvais ;)

samedi 26 janvier 2008

Lust, caution

L'histoire est simple, mais Ang Lee en explore et en exploite toutes les ficelles.

Pour le décor: en Chine sous occupation japonaise, deux jeunes femmes, un partisan de la résistance chinoise qui plaide la cause, un groupe d'étudiants qui s'y associent. Une jeune femme accepte une mission d'espionnage qui l'amène à séduire un bourreau haut placé de la répression politique. Mission qui prend la tournure d'une relation (explicitement) torride dont on finit par se demander par qui elle est emmenée.

On débouche ainsi sur une intrigue plus universelle, celle des liens complexes entre amour et relation charnelle, un jeu de rôle où se mêlent et s'échangent attraction et pouvoir, domination et dépendance. Sur fond de complot politique toujours.

Difficile de traduire l'intensité du film par des mots au-delà de cette esquisse (d'accord avec Madison). Un film en VO chinoise capable de vous absorber tout entier pendant 2h30 ça ne se voit pas tous les jours.

jeudi 10 janvier 2008

it's a free world (au goût amer)

Une jeune femme licenciée par un patron licencieux, qui monte sa propre agence de recrutement de travailleurs étrangers. Quelques séquences plus loin, une héroïne ambivalente qui oscille entre un rôle de mère courage qui se bat et celui de vendeuse d'esclave qui gagne sa vie sur le dos des plus désespérés. Quand je lis certains synopsis sur le net, je trouve qu'ils sont très softs, stratégie de promotion peut-être. Le film est dur et vous laisse l'estomac crispé, comme presque tous les films de Loach.

Ce qu'il nous montre ici ce sont les pratiques des agences de recrutement de travailleurs candidats à l'immigration en Europe de l'est. Et au Royaume-Uni, pour ceux qui sont déjà arrivés.

Le côté légal de la chose (de l'argent versé par les candidats, personnel en tailleur, enseigne très pro, bien que cela se passe dans une salle de classe) et le côté illégal de la chose (une sombre arrière-cour, des camions qui emmènent des gens travailler à la journée, des salaires impayés).

Les attentes des migrants, travailler. Les attentes des patrons d'usine ("des gens sans papiers, tu les tiens, ils ont peur, alors ils bossent, eux!"), ceux qui ne paient pas, les accidents du travail évoqués en arrière-plan. Et une jeune femme aux repères brouillés persuadée d'aider tout le monde en mettant en relation les uns et les autres.

Là où il réussi un coup de maître* c'est en montrant toute la naïveté et l'ambiguïté du personnage. Elle est elle-même dans une situation difficile et prise dans des enjeux qui la dépassent totalement: le sort des sans-papiers, la difficulté de créer et d'enregistrer officiellement son entreprise quand on part de rien, les règles sur l'emploi des étrangers. Inhumaine parfois, si humaine à d'autres moments. Elle fait ça pour avoir enfin une situation, face au jugement des autres, pour son fils, pour survivre. Et elle s'y perd ou peu s'en faut, en en faisant trop en quelque sorte. Victime du capitalisme sauvage ou condamnable?


Spécial avant-ciné: nous nous sommes précipitées sous le préau, non pas parce qu'il pleuvait... plutôt au Préau, l'estomac dans les talons. Un petit café sympathique aux airs de salle de classe de l'école communale. Le menu sur cahier d'écolier et des salades qui vont du CP au CM2, la carte du relief de la France au mur. Typiquement l'endroit où (ne pas) emmener ses amis profs quand ils sont en vacances, quoi!

Accueillies par un monsieur jovial dont le club de gym a fait faillite, disait son tee-shirt mettant en valeur un embonpoint plus tout à fait naissant. Plat du jour complet, poulet tandoori, aubergines et riz, ma foi très bon. Le tout pour 12,50€, bon marché aussi pour le soir. 18 Boulevard Richard Lenoir, 75011


*Sans parler d'avoir déniché UN acteur polonais au physique attachant ;-)

mercredi 2 janvier 2008

XXY

Encore vu et apprécié un très bon film. Un film argentin de Lucia Puenzo, à peine sorti.

Sujet délicatissime, l'adolescence difficile, la puberté, la découverte de la sexualité d'une jeune hermaphrodite. Excellemment traité et interprété. Belle photo centrée sur les visages et l'intensité des expressions.

C'est l'histoire d'Alex, 15 ans, qui se cherche une identité et un rôle de femme et/ou d'homme dans un corps ambivalent. Ses parents ont choisi l'exil en Uruguay pour fuir une médicalisation excessive de leur enfant, et l'ont élevée comme une fille. Mais l'adolescence amène son lot de problèmes et les regards auxquels il faut faire face se font plus insistants. Encore plus au contact des garçons de son âge et d'un couple de visiteurs. Les parents désemparés sont émouvants d'amour et de compréhension. Le père en particulier, qui réagit en scientifique rationnel jusqu'à ce qu'il se prenne l'évidence en pleine face. Le tout sur fond de grandes plages sauvages, de paysages vert, sable et bleu et de suivi des tortues marines.

C'est subtil, pensé avec intelligence et d'une grande finesse. Jamais voyeur ni brutal, au contraire, centré sur les sentiments, l'identité trouble, et le vécu de la protagoniste. Inès Efron, l'actrice du rôle titre excelle dans son interprétation de la masculinité / féminité ambivalente. Elle est tantôt un garçon dans un corps de fille, tantôt une fille dans un corps de garçon. Incontestablement un gros travail sur le corps et l'expression derrière.

dimanche 30 décembre 2007

La graine et le mulet (A. Kechiche)

Une saga familiale originale, colorée et dynamique, un peu longue (2h30) mais très plaisante! Des personnages attachants, des regards qui pétillent, bref un film sincère et vrai qui nous immerge dans le quotidien d'une tribu comme on en voit peu à l'écran.

Gros plan sur une grande famille recomposée. Le film se passe à Sète, ville portuaire et multiculturelle ouverte sur l'Afrique du nord par les routes maritimes qui l'y relie, sur fond de déclin de la pêche au thon et des chantiers navaux. C'est une fiction qui prend des allures de reportage tant elle est filmée de manière réaliste, caméra à l'épaule.

Slimane, père sexagénaire de douze grands enfants, employé des chantiers, se retrouve au chômage et décide de faire un pied de nez au destin en se lançant dans un projet un peu fou: restaurer une épave et y monter sa boutique. Un restaurant dont la spécialité serait le couscous au poisson (la graine et le mulet), ce qui tranche franchement avec les traditions culinaires sétoises et que tout le monde ne voit pas d'un bon oeil trôner au milieu du quai, évidemment. Une entreprise familiale qui repose sur les talents culinaires de son ex-femme et l'aide des enfants. Scènes de rire et de pleurs de la vie familiale dans les maisons des uns et des autres, entrecoupées du parcours semé d'embûches du porteur de projet. Une jolie manière d'explorer la dialectique immigration-intégration et l'acceptation des communautés maghrébines dans une petite ville du sud, sans en faire pour autant le premier sujet du film. On est si bien plongé dans le film qu'on intègre quasiment le stress de Slimane le jour de la grande ouverture.

Ce que j'ai aimé particulièrement, et c'est un aspect original du film je trouve, c'est la force des personnages féminins. Les filles sont des battantes incroyables et les vrais piliers de la famille, côté original comme côté recomposé. Ce sont les véritables meneuses de l'histoire et des chaumières. Elles sont dures, belles mais solides, elles en imposent. L'une des filles de Slimane raconte comment elle ne s'est pas laissée faire et a organisé la grève des ouvrières à la conserverie le jour où des licenciements étaient annoncés. Elle gère les crises et les écarts de son frère. Rym (actrice-révélation du film), la fille de sa compagne le pousse à aller de l'avant et l'aide dans ses démarches à la banque, à la mairie, sans se démonter devant les réponses négatives ou évasives. Les hommes de la seconde génération à côté, sont des suiveurs: l'un est mauvais père et trompe sa femme éhontément; l'autre est un jeunot timide qui oublie une partie des ingrédients du couscous lors de la soirée d'ouverture. Seul le père se bat en fin de compte, au nom de tous et de la volonté de laisser quelque chose aux enfants. Les deux fils mettent l'entreprise en péril, elle est finalement sauvée par les filles.

J'ai regardé ma montre à deux moments. Deux séquences en particulier méritaient peut-être d'être abrégées, même si probablement on y perdrait en intensité des émotions qu'elles suscitent: celle de l'épouse trahie qui crie sa colère et la grande scène finale (où on attend le couscous aussi impatiemment que les invités, faim ou pas!). Raccourci d'un quart d'heure en coupant aux bons endroits le film serait parfait.

On pourra objecter que les visages pâles de l'élite locale sont un peu caricaturés (ou pas tant que cela?), mais pour une fois que ce ne sont pas les personnages beurs ou métis qui le sont, la manoeuvre est parfaitement acceptable...

A voir!

dimanche 9 décembre 2007

Ratages du samedi et soleil du lundi

La période n'est pas très propice aux divertissements et aux sorties culturelles, même si d'ordinaire je parviens toujours à ménager un peu de temps pour les jolies choses de la vie dans les circonstances les plus adverses, là ça devient limite... Entre les bouclages de fin d'année en tout genre, les courses de Noël et le programme de la semaine prochaine, c'est un peu la période des vaches maigres. Et je ne parle même pas de la pluie battante de nature à décourager bien vite qui a envie de mettre le nez dehors.

Hier j'ai quand même eu le plaisir de retrouver un couple d'amis, dont un copain d'études perdu de vue depuis 7 ans pour un dîner d'avant-cinéma. Pour faire rapide, sans s'eloigner trop des cinémas où nous voulions aller ensuite, nous nous sommes retrouvés au Café de l'Industrie. Où l'on mange des plats simples mais bons, et il est en général possible d'avoir une table assez vite même sans avoir réservé puisqu'au total c'est assez grand. Ce sont en fait trois cafés adjacents qui partagent le même nom, rue Saint-Sabin, 5 minutes au nord de Bastille. Sachant que dans le coin de Bastille il y a beaucoup de bars, cafés, restos mais finalement pas tellement où on envie d'entrer et de passer un moment, ça vaut le coup de retenir celui-là. Déco sympa tendance ambiance coloniale, musique live parfois - dans l'un, il y a un piano. Prix modérés (plats de viande à 14-15 euros max).

Après, donc, c'était ciné au programme (Les promesses de l'ombre, après maintes tergiversations pour faire converger les préférences, et on n'était pas nombreux, ouf!). Sauf que moi qui n'y connais rien je ne me doutais pas que les salles faisaient le plein aussi à la séance de 22h le samedi, et qu'il valait mieux acheter son billet bien à l'avance, faute de se retrouver devant le dilemme: "premier rang ou strapontin?". Pour finir par choisir l'option "on va boire un verre", ce qui (re)passe quand même par une longue ballade sous la pluie en préliminaire avant de trouver dans le secteur le café sympa où boire un pot à l'heure où d'autres viennent pour dîner... Je suis incapable de me rappeler où on a atterri.

Heureusement, demain j'ai un déplacement au SOLEIL!

De quoi retrouver un peu la pêche. Vive les petits bonheurs.

Heure locale :lundi à 07hlundi à 13hlundi à 19hmardi à 01h
Temps sensible
Température (°C)11°14°10°

mercredi 5 décembre 2007

Blueberry Nights

Ce post aurait aussi pu s'appeler "le jour où je suis (re)tombée amoureuse de Jude Law"... Je sors à peine de "Blueberry Nights" de Wong Kar-Wai. C'est gentil, bien filmé, doux et plaisant. Il y a la charmante Nora Jones pour les uns et le charmeur Jude Law pour les autres alors tout le monde ressort bien content en espérant vaguement trouver une carte postale dans sa boîte aux lettres au retour.

C'est l'histoire de quelques personnages attachants et un peu perdus qui essaient de guérir d'une rupture amoureuse. Et celle d'Elizabeth (Nora Jones) en particulier, qui pour ce faire prend le large pour oublier, avant de mieux revenir retrouver au café du coin le prince charmant qui l'a consolée le soir où tout semblait finir, et en réalité tout commençait (ça, on l'avait compris dès le début)... Dit comme cela, ça fait un peu mièvre, mais avec une belle photo et une belle bande originale on passe un bon moment (et on se repose les méninges). Après trois jours de travail intense, j'avoue que tout ce que je voulais c'était un film facile qui mette de bonne humeur.